STOP AUX LOGEMENTS SANS PERSONNE, STOP AUX PERSONNES SANS LOGEMENT

LUTTE POUR LE DROIT AU LOGEMENT A MILAN, AUTOMNE 2014

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“STOP AUX LOGEMENTS SANS PERSONNE, STOP AUX PERSONNES SANS LOGEMENT”
Cette simple phrase a accompagné de nombreuses mobilisations et initiatives du Comité d’habitants du quartier populaire de San Siro depuis sa création en 2009, et reste aujourd’hui le slogan de la lutte pour le logement du comité.
A l’automne 2014, ce slogan se présente comme des plus actuels et prégnants face à la situation catastrophique de ce quartier milanais.
Situation dont sont responsables d’une manière ou d’une autre le bailleur ALER (Agenzia Lombarda Ediliza Residenziale) ainsi que la commune de Milan et la région Lombardie.

La situation est la suivante : on compte 9.754 logements vides et pourtant chauffés, aux portes scellées par des plaques métalliques, abritant des sanitaires détruits par le bailleur ALER lui même afin de dissuader les personnes de les occuper abusivement.
Ces cinq dernières années, la crise a explosé et par conséquent une urgence au logement s’est déclarée en ville. En 2013, on dénombrait 23.000 foyers en attente d’assignation de logement public et 19.000 demandes d’expulsions.
Il suffit de compter les millions de mètres carrés privés d’espaces vides en ville ainsi que les logements publics vendus ces dernières années pour comprendre facilement que les solutions à cette urgence de logement existent. Cependant, elles ont le « défaut » de ne pas être rentables pour ceux ayant des intérêts de profit et de spéculation immobilière et urbaine.

Le slogan introductif, grâce à sa simplicité permet de mettre à nu l’absurdité des politiques d’habitat qui, au lieu de garantir les droits de 99% de la population, défendent les intérêts et les profits du seul 1% de la population.
Toutefois, habitants et comités s’auto-organisent jour après jour selon le modèle du “bottom-up” pour faire changer ces tristes réalités et inventer un nouveau mode d’Habiter.

Milan, Décembre 2014.
On observe partout en ville d’énormes constructions, de la Diamond Tour au bois vertical (tour résidentielle végétalisée), en passant par la tour Isozaki (illuminée sous forme de sapin pendant les fêtes de Noël) ou encore la construction du nouveau siège de Casa Milan surplombée d’un écran géant projetant en continu des publicités footballistiques.

On note alors que la période de grandes transformations urbaines commencée à la fin des années 90 ayant donné un nouveau visage à la ville de Milan est aujourd’hui quasiment terminée. Nous entrons maintenant dans une nouvelle phase de mutations urbaines.
L’Exposition universelle de 2015 va bientôt ouvrir ses portes, et différents chantiers ne sont pas terminés…
Aussi, Isola, dernier quartier populaire du centre ville vient d’être définitivement effacé de la carte.
Cependant, notons par exemple que quelques rues du quartier du Ticinese résistent vaillamment à la dénaturalisation totale ainsi qu’à la marchandisation de cette zone.
Encore, Porta Nuova, Portello, City Life sont des exemples de quartiers totalement soumis aux spéculations foncières. Dans ces lieux, la valorisation du capital financier (actions, bourses, ect.) s’est cristallisée, autrement dit s’est matérialisée dans les constructions massives. Et, a détruit en peu de temps, par des logiques de rentabilité, un grand nombre de lieux et d’espaces qui construisaient l’histoire et la mémoire de la ville.

Comme déjà dit, nous entrons aujourd’hui dans une nouvelle ère de développement urbain. Ainsi, nous voyons de nouveaux tracés et de nouvelles frontières se définir. Par exemple, les nouvelles lignes de transports en commun qui devraient représenter une meilleure accessibilité à la mobilité et aux services pour les citoyens, ne font au final que prévoir (dans les zones les moins attrayantes) l’assaut des vautours de la soi-disant régénération urbaine qui visent au plus de profits possibles.
Ceci, en piétinant les histoires, les droits et les rêves des habitantes et des habitants.
L’Exposition universelle est un énorme gâteau désormais partagé entre la caste des hommes d’affaires et des mafieux qui visent de nouveaux objectifs, à travers un système de recels et de corruptions visiblement jamais touché par la magistrature ni par les difficultés de la crise…

C’est dans ce contexte que l’on voit apparaitre depuis des mois la campagne médiatique impitoyable qui ébranle les quartiers populaires. Cette dernière, met en avant des informations modelées selon les intérêts et les lobbies des pouvoirs publics. Au lieu de comprendre de manière « constructive » les problématiques qui touchent les quartiers populaires en temps de crise (la première étant l’urgence de logements), les principaux journaux (d’abord locaux puis nationaux) se sont acharnées à attaquer de manière dévastatrice ce morceau de ville, afin de préparer son futur démantèlement.

Cette démarche médiatique n’est ni accidentelle ni sans lien avec les processus de développement urbain qui dictent le marché immobilier et foncier, unique acteur décisionnel aujourd’hui et auquel la politique reste soumise.

Le plan régional « d’assainissement » du bailleur ALER n’a pas tardé à arriver : gigantesque projet de vente immobilière, comptant 6.700 logements publics mis en vente  (10.000 logements mis en vente aux enchères en Février 2015), à un prix moyen estimé à 70 000 euros par logement, bien inférieur au prix du marché mais tout de même inaccessible pour les familles qui y vivent. Alors qui donc achètera ces logements ? Les promoteurs immobiliers ? Ou encore les banques ? Ces banques mêmes qui recevraient les millions d’euros que la Région met à disposition de l’ALER pour pouvoir rembourser ses dettes colossales auprès de ces mêmes banques !! (Soit plus de 400 millions d’euros) .

De la même manière, le « Piano Casa Lupi-Renzi » d’avril 2014, et en particulier l’article 3, permet d’accélérer le processus d’arrêt de constructions publiques résidentielles, au moment où se vérifie une réelle explosion de demande de logements, en effaçant quasi totalement la possibilité d’accéder à un logement à bas prix sous tutelle publique.

Ces politiques de spéculation et de braderie immobilières, pour pouvoir être réalisables, se coordonnent aux mesurent qui déciment les droits, dans une véritable guerre contre les plus précaires. Voici l’explication des 200 expulsions par semaine qui ont lieu à Milan.
L’article 5 du « Piano Casa » à son tour, permet de retirer le droit de résidence aux personnes occupant un logement sans contrat pour des raisons de première nécessité (autrement dit une personne occupant un logement après avoir perdu son travail, ou parce que se retrouvant à la rue etc.). Il permet également de retirer à ces mêmes personnes la possibilité d’activer un contrat pour l’accès à l’eau, à l’électricité et au gaz.

L’aveuglement et la violence de ces propositions permettent de comprendre à quel point le capitalisme financier est prêt à raser les territoires et les pratiques qui ne veulent pas suivre la logique de leurs projets.
Le drame des expulsions, et surtout celui de vivre sans logis, mais aussi l’impossibilité d’accéder à l’éducation et à la santé pour ceux qui ne possèdent pas la résidence de la région (ou encore du pays…), représentent des hantises de plus en plus réelles pour des centaines de familles à Milan.

Pour autant, nous ne nous résignons pas.

Dans les quartiers populaires, chaque jour des organisations de vie commune, d’échanges, d’entraide et de dignité d’Habiter se développent. Celles-ci, chaque jour un peu plus se transforment en petites actions qui du bas (du peuple), tentent de changer les réalités : depuis la simple solidarité entre voisins à des formes plus complexes de Secours Mutuel , on peut voir les habitantes et les habitants se former en associations, monter des projets de requalification du quartier et vivre ensemble dans les espaces quotidiens.
On recense différentes expériences d’auto-organisation et d’auto-gestion dans le quartier : un support légal d’aide au logement, des cours de langues, des échanges de biens de premières nécessité, des activités sportives encadrées, des informations directes, et une sociabilité qui s’instaure entre les personnes. Ces actions se répandent dans les quartiers considérés comme étant pauvres et marginaux or, ils se révèlent être plus riches et plus vivants que bien d’autres. Cela, grâce aux métissages, aux dizaines de cultures qui s’entremêlent et à la richesse des différences que l’on y trouve.

Ceci est un exemple de résistance au processus de gentrification qu’est en train de subir le quartier de San Siro comme d’autres quartiers de logements populaires à Milan. Il s’agit d’un fonctionnement masqué et porteur de bénéfices visant uniquement à livrer aux spéculateurs fonciers de nouveaux terrains de conquête et de rente, sans aucune amélioration du cadre de vie pour la population qui y habite.
Ce mode de fonctionnement n’offre pas d’espace de croissance, de recouvrement, d’affirmation ou encore de réponse aux besoins des habitantes et habitants du quartier qui sont simplement déplacés autre part.
Un pur phénomène de migration forcée contre les plus fragiles, autrement dit ceux dépourvus de moyens sociaux et économiques.
Finalement, les problèmes sont simplement déplacés, et continuent d’exister.

Ce que nous faisons va au delà d’une simple résistance. Nous démontrons par des faits concrets qu’une alternative à ce système non seulement existe mais est déjà possible, ici et maintenant, à partir de pratiques d’auto-organisation de la part de ceux qui vivent les territoires. Nous construisons un autre monde dans lequel la vie compte plus que le profit : le challenge actuel est important parce qu’il représente la possibilité pour des milliers de personnes et d’expériences alternatives, d’exister au sein même du tissu urbain.

Voici nos solutions à l’urgence de logements :
Arrêt immédiat de tout type d’expulsions.
Régularisation de tous les occupants par « nécessité » (sans contrat), actualisant l’article 34 virgule 8 de la Loi Régionale 27 de 2009 (reçue par la mairie de Milan en 2012).
Attribution immédiate des 9.700 logements populaires disponibles ; utilisation de l’argent dérivant de la régularisation des occupants pour restructurer les logements vides nécessitant des travaux (ou alors attribuer les logements « de fait », avec un abattement graduel des charges de restructuration des loyers).
Arrêt de la vente du patrimoine immobilier public (l’article 3 du Piano Casa).
Réutilisation des milliers de mètres cubes disponibles en ville, mettant en œuvre un projet d’autorecupération et d’autoconstruction.

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